
L’inégalité des genres a toujours été un problème de taille dans le domaine du sport. Les athlètes féminines ont souvent été négligées, sous-évaluées et traitées injustement par rapport aux athlètes masculins. Malgré des progrès significatifs ces dernières années, les athlètes féminines continuent de faire face à un traitement inégal sur le terrain et dans les médias.
Au XIXème siècle, les femmes françaises étaient privées du droit de pratiquer du sport en compétition par exemple. Cependant, au fil des années, elles ont brisé les tabous et prouvé qu’elles étaient tout aussi capables que les hommes dans le sport. Les athlètes féminines ne sont donc pas limitées par leur genre et peuvent exceller dans n’importe quel sport qu’elles choisissent de pratiquer. Comme le montre Margaret Court, la joueuse de tennis australienne qui a remporté le plus de tournois de Grand Chelem (24), qui est considérée comme l’une des plus grandes athlètes de son sport. Egalement, Allyson Felix, l’athlète la plus titrée aux mondiaux d’athlétisme, avec 12 titres.
Réglementairement, les femmes peuvent pratiquer tous les sports . Dans les faits, une quarantaine de sports ne compteraient qu’environ 20 % de femmes parmi leurs licenciés. Il y a toujours très peu de femmes dans les sports dits « masculins » comme le rugby, le golf, le motocross, les arts martiaux, la boxe, le football, le babyfoot, le bandy, le baseball, le basket, etc. Elles y sont très minoritaires et parfois très mal vues. Cette liste montre à quel point ces inégalités touchent différentes aires civilisationnelles et classes sociales (Golf/football, etc.). Une journée de sport exclusivement féminin a été créée pour permettre plus de visibilité pour ces sports. Le sport le plus connu à l’échelle internationale est le football. Si le foot mixte existe, la plupart des personnes ne le prennent pas au sérieux ou n’aiment pas que l’on compare les sports féminins et masculins.
Des investissements insuffisants
Le manque d’investissement dans le sport féminin est révélateur de ces inégalités et se manifeste notamment par le manque d’installations ou de ressources adéquates fournies aux athlètes féminines. De nombreuses équipes féminines doivent s’entraîner et concourir dans des conditions médiocres, ce qui peut affecter leurs performances et augmenter leur risque de blessure. Les femmes méritent d’avoir accès aux mêmes installations et ressources que les hommes, afin qu’elles puissent performer au mieux de leurs capacités et atteindre leur plein potentiel.
En 2021, Sedona Prince, une étudiante basketteuse en 2ème année de l’université de l’Oregon, a postée une vidéo sur TikTok montrant les installations de la salle de musculation fournies aux joueuses du « March madness », le très populaire tournoi de basket-ball organisé par la NCAA. La comparaison avec celles fournies aux hommes est éloquente : la salle de musculation des femmes se composait d’un seul haltère, de peu de machines et de quelques tapis de yoga, tandis que celle des hommes était équipée d’un matériel d’entraînement de haute qualité, de rangées de poids et de machines d’entraînement. La vidéo est devenue virale en montrant le manque d’investissement dont sont victimes les femmes.

Une des marques les plus significatives de ces inégalités reste l’écart de rémunération entre les genres. Les athlètes féminines sont souvent moins bien payées que leurs collègues masculins. Ceci est particulièrement évident dans le football, où l’équipe nationale féminine de football des USA, qui a remporté quatre Coupes Du Monde, a systématiquement été moins bien payée que l’équipe masculine, qui n’a pourtant jamais remporté de titre.
Les avis de joueurs eux-mêmes sont assez clairs et cherchent à expliquer ces différences. Ainsi, en 2012, la star du football Zlatan Ibrahimović déclarait : « Un jour, on m’a demandé qui était le meilleur entre moi et Lotta Schelin. C’est une blague? Je bat tous les records. Quand je les aurai tous battus, avec qui est-ce que je serai comparé ? Avec celui qui détenait le record avant ou avec une femme? En Europe, on me compare à Messi et à Ronaldo. Ici, on me compare à une joueuse. Avec tout le respect que je dois aux femmes, elles devraient être récompensées en proportion de ce qu’elles génèrent financièrement. ». Ici, le joueur explique la différence de popularité entre foot féminin et masculin par l’argent que ces activités génèrent. Pour lui, les femmes ne pourront jamais être aussi fortes (et économiquement rentables) que les hommes; il les considère donc comme inférieures. Le joueur affiche ainsi une misogynie assumée : il est beaucoup plus important qu’une joueuse féminine . Il est clair que le raisonnement du joueur est bancal et à l’envers : si le foot féminin suscite moins d’intérêt et moins d’investissements financiers, c’est bien parce qu’il est moins médiatisé que le foot masculin. Si Zlatan Ibrahimovic est plus connu pour son jeu avec un ballon que pour la finesse de ses analyses économiques, son discours est révélateur sur un point. On observe en effet qu’en prêtant au sport sa logique marchande et sa recherche de profit, le monde de l’entreprise lui a aussi transmis ses discriminations à l’égard des femmes.
Les femmes le sport et les médias
Si l’aspect économique est décisif dans la lutte contre les inégalités hommes/femmes dans le sport, les médias sont logiquement des acteurs décisifs pour une amélioration de l’égalité des sexes dans le sport. Pourtant, on remarque qu’en France, ils ne s’intéressent aux compétitions féminines que lorsque les équipes (nationales) atteignent des hauts niveaux tels que des phases à élimination directes (ou finales).
Concernant le tournoi des 6 nations en rugby (édition 2023), on retrouve par exemple douze articles du FIGARO pour couvrir le match au sommet France-Irlande chez les hommes, contre un seul court article pour couvrir le match des femmes affrontaient leur plus grandes adversaires : l’Angleterre.
Ces écarts de médiatisation sont loin d’être limités aux médias traditionnels.

De gauche à droite: Marquinhos, Lionel Messi, Kylian Mbappe, Neymar Jr et Achraf Hakimi.
Où sont les femmes?!
On remarque qu’aucune femme n’est présente sur cette bannière. En fait, aucune vidéo en rapport avec l’équipe féminine n’a été publiée depuis le transfert de la joueuse néerlandaise Lieke Martens (Juin 2022). Pourtant il y avait du contenu à publier en Mars 2023 : l’équipe féminine a joué contre Olfsburg en huitième de finale retour de la Ligue des Champions féminine et était finaliste de la coupe de France contre Lyon.
L’ovalie n’est pas en reste: dans le magazine de rugby (avril-mai-juin 2023) qui comporte 68 pages, deux seulement montrent des femmes… dont une qui nous informe que la fille d’un homme politique est en couple avec un rugbyman.

Des clichés blessants
« Avec tout le respect que je dois aux femmes, elles devraient être récompensées en proportion de ce qu’elles génèrent financièrement… » Zlatan Ibrahimović (2015)
Si la déclaration de Zlatan Ibrahimović a beaucoup amusé les commentateurs, elles a aussi suscité des réponse, à l’image de celle de la capitaine de l’équipe féminine d’Yzeure a répondu : « Il a plus ou moins raison sur un point : le football masculin ne peut pas être comparé au foot féminin, tout simplement parce que le niveau physique, la vitesse, la puissance, ne sont pas identiques. Les femmes ne pratiquent pas le même foot, c’est une question purement physiologique et morphologique. Mais ce n’est pas pour ça que nous devons être moins respectées que nos collègues masculins. (…) Lorsque j’ai commencé le foot, à 7 ans, le sexisme était encore plus répandu qu’aujourd’hui. À l’époque, il n’y avait pas d’école de foot féminin alors on jouait en mixité avec les garçons. La situation était assez paradoxale, puisque j’étais respectée par les garçons de mon équipe, mais pas par ceux des clubs qu’on affrontait, qui, dès qu’ils me voyaient, lâchaient souvent un « Ah mais il y a une fille, on va gagner ! ». Il a fallu que je me batte pour me faire respecter par ces garçons à qui le foot appartenait jusqu’alors. »
Les stéréotypes à propos des genres jouent en effet un rôle très important dans le traitement inégal des femmes dans les sports. Les femmes sont souvent considérées comme moins compétitives, plus faibles physiquement que les hommes, ce qui peut évidemment entraîner un intérêt moindre de la part du public. Cela perpétue également l’idée que les athlètes féminines ne sont pas aussi talentueuses que les athlètes masculins, et moins capables de susciter des émotions aux spectateurs. La médiatisation est cependant un remède contre ces préjugés : il est par exemple difficile pour un français de rester calme devant les images de la finale du 4 × 400 m des championnats d’Europe de 2014 à Zurich!
La dynamique semble d’ailleurs être positive : ces dernières années, il y a eu une augmentation significative du nombre de femmes participant au sport. Les sports féminins sont devenus plus populaires, et les athlètes féminines ont réussi à concourir avec succès dans diverses disciplines, malgré toutes ces difficultés rencontrées. Les femmes participent aux Jeux olympiques depuis 1900, mais ce n’est qu’aux Jeux de Londres de 2012 que tous les pays participants ont envoyé des athlètes féminines. Aujourd’hui, les femmes participent à divers sports, y compris le football, le basketball, le volleyball, le tennis et bien d’autres ; elles brisent les stéréotypes, battent des records et inspirent de nouvelles générations. Certaines sportives inspirent au point de devenir des modèles. C’est le cas de Laure Manaudou, nageuse française, triple championne du monde et médaillée d’or olympique; ou de Serena Williams, célèbre joueuse de tennis américaine ayant remporté 23 tournois du Grand Chelem. En 1967, Kathrine Switzer fut la première femme à avoir courue le marathon de Boston en tant que participante enregistrée. Une initiative qui a permis aux femmes de participer à sa suite aux épreuves de marathons.
Il est temps de prendre position pour une médiatisation plus importante du sport féminin, reconnaître le talent, le travail et le dévouement des athlètes féminines et leur apporter les mêmes opportunités que leurs collègues masculins. Alors, les spectateurs pourront apprécier et se passionner pour les compétitions féminines comme ils le font pour certaines disciplines (patinage artistique, gymnastique, Beach volley, etc.). Ce n’est qu’alors que nous pourrons vraiment atteindre l’égalité dans les sports.
Par Ysaure Collet, Abiola D’Almeida, Fatim Diaby, Nathalie Kapinga- Kazadi
sous la direction de Youri Aguilaniu
