La lenteur de l’action politique en matière d’écologie (partie 3)

Marche pour le climat, Bordeaux, mars 2021

Inondations au Pakistan (2022), tempête de neige accompagnée d’impressionnantes chutes de température aux Etats unis (-55°C) ; incendies dévastateurs partout en Europe durant l’été 2022 ; fonte des glaciers… Il est vrai que l’actualité regorge d’exemples démontrant l’urgence climatique que nous connaissons.
Une question se pose : comment tous faire face à ces catastrophes ? En effet, nous ne sommes pas tous capables de réagir efficacement, nos actions sont contraintes par notre niveau social ou par celui de notre pays.

Bien qu’apparue pour la première fois en 2002 au Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg, la notion d’inégalités écologiques prend sa source bien avant. Elle s’inscrit dans la continuité de réflexions menées dès le début des années 1970 sur les questions d’écologie et d’inégalités sociales. Des organisations telles que Greenpeace (1971) ou les Amis de la Terre (1970) avaient alors vu le jour pour lutter pour la défense de l’environnement. C’est également à cette période que s’est tenue  la conférence de Stockholm (1972), qui fut la première à faire de l’environnement une question majeure. 
Le terme de “développement durable” est lui apparu en 1987 dans le rapport Brundtland, et désigne un développement “qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs”.

Si l’écologie est une préoccupation mondiale et que le changement global a des répercussions sur tous les habitants de la Terre, on constate aisément que les problèmes écologiques touchent inégalement les Hommes. 

Il existe plusieurs types d’inégalités écologiques. Tout d’abord, les inégalités face aux risques. Selon l’endroit où vit une population (montagnes, littoraux, etc) celle-ci peut se retrouver plus exposée aux catastrophes.
Également, les inégalités de moyens d’action. Selon le niveau de vie, les moyens d’action (installation de panneaux solaires, construction de bâtiments antisismiques, etc) ne sont pas accessibles de manière équitable entre les pays et les différentes classes sociales.
Pour finir, les inégalités du droit à polluer. La France a suffisamment pollué pour son développement, elle n’en n’a donc plus la nécessité contrairement à d’autres pays comme le Mexique qui en a besoin afin d’atteindre un niveau de développement suffisant. De même, au sein d’un même pays, les riches sont privilégiés par rapport aux pauvres face aux conséquences du changement global.

Toutes ces inégalités s’auto-alimentent et se nourrissent les unes des autres. En effet, si un pays est fortement exposé à des aléas (: évènements naturels ou technologiques représentant une menace potentielle: tsunami, ouragans, séismes, explosion d’usines, etc), ceux-ci ont comme conséquence de l’appauvrir. De surcroît, plus un pays est pauvre, plus la vulnérabilité de sa population est importante. Les risques (: aléa × vulnérabilité) touchent donc avec plus de gravité les pays en développement. Mais la pauvreté aggrave également la vulnérabilité (et donc les risques) de ces mêmes pays: en effet,  cela limite les moyens d’actions (comme la construction d’infrastructures adaptées), ce qui constitue à terme un frein, voire un arrêt du développement.

De plus, ayant moins de moyens, les pays émergents et a fortiori en développement ont recours à des infrastructures et des matériaux peu coûteux mais plus polluants. Ils ont donc plus de difficultés à respecter les engagements pris lors des conférences internationales (COP) que les pays industrialisés, qui doivent leur développement à plus de 150 ans d’industrialisation sans aucune contrainte environnementale.

Chappatte, International New York Times, 11 décembre 2015

De même, bien qu’observables à l’échelle internationale, les inégalités écologiques sont également très présentes à l’échelle nationale. C’est le cas par exemple des Etats-Unis, du Brésil, ou encore de  l’Inde, avec ses très nombreux bidonvilles parfois voisins des quartiers aisés. Les difficultés environnementales dans des quartiers ne disposant pas des équipements de base (canalisations, eau courante, ramassage des déchets, etc.) sont logiquement énormes.

On retrouve donc des inégalités entre et au sein des pays. Mais pourquoi l’écologie est-elle souvent perçue comme une « préoccupation de riches » ? Ici encore, cela est en lien avec les inégalités sociales.

La mise en action des valeurs respectives de chacun (changement du mode de vie des individus pour des raisons écologiques) peut être une clef du défi environnemental, mais elle se produit à condition que des priorités telles que subvenir aux besoins de sa famille  ou encore payer son logement en fin de mois soient assurées. Dans les classes les plus privilégiées, les préoccupations ne sont plus liées aux besoins matériels et économiques élémentaires qui “vont de soi” ! Elles peuvent donc être plus facilement déplacées vers le développement et la mise en pratique de valeurs individuelles comme celles de l’écologie. On peut alors se permettre de privilégier un mode de vie moins impactant pour l’environnement. 

Encore faut-il être intéressé par le sujet ! L’information et son accès creuse aussi une inégalité dans la sensibilisation écologique entre les différentes classes sociales. De manière plus générale, l’engagement politique des classes populaires semble moindre que celui des milieux plus favorisés. De plus, pour Julian Mischi, ( Quels obstacles à l’engagement des classes populaires), sur l’engagement communiste des classes populaires, bien que le syndicalisme ait joué un rôle essentiel dans l’engagement populaire ces dernières décennies il “se construit le plus souvent en lien avec des enjeux pratiques liés aux expériences vécues au travail ou dans les localités.” Or, les enjeux comme l’écologie, semblent plus éloignés des difficultés matérielles concrètes du quotidien (du moins dans les pays plus développés), et convoque une vision globale, mondiale, nécessairement plus abstraite.

Egalement, ces inégalités s’expliquent en partie par une socialisation différente entre les classes. Le faible capital économique des familles va souvent de pair avec un capital culturel moins élevé. La réussite scolaire et la culture y sont souvent moins valorisées, cultivées parce que moins accessibles, l’intérêt dans la politique ou les questions environnementales ou sociales y est donc limité par ce biais social. 

Nous-même, issus d’un établissement de centre ville peu touché par la pauvreté mais très hétérogène, écrivons cet article du fait de notre préoccupation du sujet, notre information et sensibilité à celui-ci

Au contraire, dans les milieux les moins touchés par la pauvreté, la préoccupation environnementale est beaucoup plus courante, on est plus facilement sensibilisé par les proches, leurs pairs, ce qui vient faire écho et renforcer les discours institutionnels tenus notamment à l’école. Les milieux plus aisés ont accès à l’information plus facilement;  pour beaucoup, la question écologique est presque un sujet évoqué tous les jours, qu’ils s’en préoccupent ou pas. On parle notamment ici des jeunes car ce sont en effet ceux-là  (toujours en majorité issus de milieux sociaux aisés) qui se mobilisent le plus dans l’action politique et sociale. Nous-même, issus d’un établissement de centre ville peu touché par la pauvreté mais très hétérogène, écrivons cet article du fait de notre préoccupation du sujet, notre information et sensibilité à celui-ci.

Au rang des inégalités, on observe également un “effet d’âge”, un clivage générationnel en matière d’écologie. Celui-ci se traduit par une certaine rancune des jeunes envers les “baby boomers” ( nées entre 1945 et 1964) qui ont connu et profité des 30 glorieuses : forte croissance économique, nette amélioration du niveau de vie pour une majorité des pays développés, progrès technique, forte croissance de la production industrielle, course à la consommation etc… Les moins de 25 ans (“génération Z”) sont nombreux à les taxer de “génération égoïste”, responsable du désastre écologique actuel. Cela vient du constat que ces 30 années sont peu glorieusement marquées par une grande négligence de l’environnement, et ont marqué un point marquant dans l’évolution de la dégradation de son état…
Néanmoins aujourd’hui, les seniors ayant en moyenne un niveau de vie plus élevé, cela leur permet de faire des achats plus durables et de plus se préoccuper de l’avenir, ils sont aussi les plus touchés (en tout cas dans les pays développés) par le réchauffement climatique. Lors de la canicule de 2003, 87 % des victimes avaient plus de 70 ans. Il faut également noter qu’ils ont globalement un comportement plus éco responsable car ils consomment en moyenne plus sobrement du fait d’avoir connu des périodes plus difficiles.

Mais là encore, on peut noter des inégalités économiques dans l’engagement au quotidien : acheter bio, local etc. est plus onéreux, emprunter les transports en commun requiert d’habiter en ville, là où les transports sont plus développés, mais les logements plus chers… Certaines solutions semblent ne pas concerner les bonnes populations.

Les inégalités se creusent de plus en plus, c’est un “cercle vicieux”qui va d’une certaine logique.  À l’échelle nationale comme mondiale, agir pour l’environnement requiert des conditions économiques satisfaisantes. Un pays développé est donc plus enclin à une préoccupation écologique qu’un pays en voie de développement, qui se voit restreint par des priorités sociales et économiques…Or ce sont aussi ces pays en développement, et ces populations les moins favorisées qui sont les plus touchés par les conséquences du dérèglement climatique : inondations des récoltes en Inde, dessèchement des terres, destruction des écosystèmes exploitée pour le commerce etc…

Par Esther Bellanca- Penel, Mayli Bentoumia-Sacdpraseuth-Bouvier, Emma Daboussi, Claire Oudot

sur une idée originale de Clara Berthuit

sous la direction de Youri Aguilaniu

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