Abaya plus de problème!

L’nterdiction de l’abaya à l’école 

Le 27 août 2023, Gabriel Attal, alors ministre de l’Éducation Nationale, a annoncé l’interdiction du port de l’abaya, dans les écoles, la considérant comme un signe religieux ostentatoire contraire à  la loi sur la laïcité du 15 mars 2004. Cette décision a soulevé aussitôt une vive controverse, certains y voyant une atteinte aux libertés individuelles, d’autres un nécessaire rappel du principe laïque. D’après les opposants, cette décision serait une atteinte portée aux femmes et/ou contre la religion musulmane  (Sandrine Rousseau, EELV), une “attaque anticonstitutionnelle contre les musulmans” (Clémentine Autain, LFI), ou encore une offense “contre les femmes musulmanes” (Mathilde Panot, LFI). Du côté des défenseurs, Eric Ciotti (LR), le 29 août 2023 sur BFMTV y voit : « la défense de la République face au communautarisme”, Fabien Roussel (PCF) a clairement salué l’interdiction : “parce que les chefs d’établissements avaient besoin de consignes claires.” Olivier Véran a quant à lui (ex porte-parole du gouvernement )  déclaré que “ L’école est un temple de la laïcité”. 

Dès lors, ce débat pose la question de la possible conciliation entre islam et République. Cette polémique semble centrer le débat sur les femmes, nous nous sommes donc posé la question de la place des femmes dans l’islam, avant de se pencher sur une histoire du voile dans le monde musulman. Enfin, nous avons eu l’intuition que ce sujet n’était pas seulement religieux et dépassait la question de la laïcité : n’est-il pas une nouvelle manifestation du contrôle du corps des femmes par les hommes?

Si la question de la compatibilité de l’islam avec la République est un sujet dont que nous avons déjà abordé dans un précédent article, elle semble ici plus spécifiquement interroger la place des femmes dans l’islam. Cette question religieuse est-elle néanmoins bien posée?

Selon Zeina el Tibi, essayiste et enseignante à l’université libre de Catalogne, le Coran a une vision plus égalitaire des hommes et des femmes.  L’islam à l’époque où il est né a représenté une véritable avancée pour les femmes du VIIe siècle. Avec l’avènement de l’islam, on conféra aux femmes certains droits égaux aux hommes, tels que celui de consentir ou non au mariage. De même, l’infanticide féminin, qui était la coutume dans les sociétés pré-islamiques, fut aboli. La femme musulmane reçut également le droit d’hériter et d’acquérir, tout en restant l’unique responsable de ses biens. Aucune interférence n’était alors permise de la part de sa famille, ou de celle du mari. Ses droits et devoirs civils et religieux étaient égaux à ceux des hommes. A cela s’ajoute le droit de participer à la politique, de débattre des articles de loi, et de pratiquer toutes les professions ouvertes aux hommes, y compris la guerre. Dans ce contexte du VIIe, l’islam a donc été un véritable synonyme de progrès pour la condition des femmes.

Tout texte de loi nécessite des interprètes (juges, savants, etc) dans l’islam ou dans la République. En France, les juges ont une légitimité basée sur leur diplôme et leur réussite au concours de la magistrature, ce qui n’est pas le cas pour les interprètes religieux des textes coraniques. De plus, en ce qui concerne les religions, tout croyant propose en quelque sorte sa propre interprétation qui fonde sa pratique.
L’Islam n’a pas un chef religieux universel, il n’y a donc pas une seule interprétation commune à tous les musulmans. Zeina el Tibi, en tant que juriste et docteur en histoire des idées, a un point de vue basé sur les textes du Coran, qu’elle analyse de façon critique et rigoureuse. La plupart des musulmans bien que disposant des textes du Coran n’ont pas forcément les capacités d’interpréter ces textes à la lumière du contexte historique dans lequel ils ont été écrits. Son interprétation n’est donc pas la même pour tous. Il n’y a donc pas une seule et unique vérité mais un ensemble de réalités. En matière de fait religieux, on ne doit donc pas se concentrer uniquement sur les textes mais aussi sur les pratiques des croyants, afin d’en avoir la vision la plus juste et la plus représentative.
Les pratiques religieuses évoluent logiquement avec le temps. Or, ce concept d’adaptation est clairement formulé en Islam. En effet, l’ “ijtihad”  représente l’effort d’adaptation visant à intégrer des règles adaptées aux évolutions sociales tout en prenant en considération l’intérêt public et ainsi éviter les injustices. Ce n’est d’ailleurs pas propre à l’islam : la Bible hébraïque règlementait par exemple la vente de sa fille comme esclave (Exode 21.7-11). Ce qui, évidemment, est condamné aujourd’hui! On pourrait penser que chaque religion met cela en œuvre naturellement pour perdurer. Zeina el Tibi insiste cependant sur une spécificité musulmane : cet effort d’adaptation est encouragé par le Coran, ce qui montrerait que ce texte sacré est partisan de l’adaptation, et conscient de l’être.

La diversité des architectures de mosquées à travers le monde témoigne de l’imprégnation des cultures des lieux où l’islam se développe. On peut également penser à l’appel à la prière fait par des jeunes filles chez les Minangkabau de Sumatra (Indonésie), adaptant l’islam à ce groupe ethnique à la tradition matriarcale.

De gauche à droite et de haut en bas: la mosquée de Djenné (Mali), La grande mosquée de Sumatra occidental (Indonésie), la mosquée de Xi’an (Chine), la mosquée d’Education City (Qatar)

Un exemple de pratique sujet à interprétation concerne le port du voile. En effet, avant d’arriver en France, les “affaires” du voile islamique alimentaient déjà des débats en Orient à la fin du XIXe siècle. Dans son ouvrage les voiles islamiques dans la société musulmane et européenne (2023), Oissila Saaidia, professeure d’Université en histoire contemporaine à Lyon 2, traite de la question du voile, devenue un enjeu de société en France mais pas seulement. Elle explore la manière dont les textes religieux ont été compris à travers le temps et les lieux.

D’abord au sein même du monde musulman, à la fin du XIXe siècle; la question du voile pose question, faisant émerger deux courants : celui qui considère que les femmes doivent etre voilées et celui qui considère que le voile n’est pas obligatoire.
Pour les “traditionalistes” les femmes sont gardiennes de traditions et doivent rester au sein du foyer familial, pour les “modernistes” les femmes doivent se libérer de ces contraintes et  participer activement au sein de la société. Bien entendu, l’historienne rappelle qu’il existe des positions intermédiaires et que les termes du débat évoluent constamment.
Ces deux courants distincts se traduisent dans certains pays par l’interdiction du voile, comme en Tunisie et en Turquie, ou encore par l’obligation de le porter, comme en Arabie Saoudite et en Iran.

L’autrice met également en avant le fait, que des voiles différents ont été portés à chaque époque historique et chaque lieu. Elle prend pour exemple Alger, où les femmes portaient le haïq, (un grand vêtement blanc qui les recouvrent) et non le hijab. A Constantine, c’est le mlayya qui était porté, afin de marquer le deuil suite à l’assassinat de Salah Bey au XVIIIe siècle.
D’après Oissila Saaidia, il y a autant de raison de porter le voile que de femmes qui le portent, ce qui explique en plus des raison religieuses, tous les différents types de voiles existant. L’histoire du voile dans le monde musulman est en réalité celle des voiles, de par leur grande diversité. Son port varie autant que les situations et les personnes à travers le monde.

Bien que née dans les sociétés musulmanes, le port du voile islamique ,vers la fin des années 1980, est devenu un enjeu de société en Europe, une vraie “passion française” selon l’autrice. Mais comment expliquer que depuis plus d’une décennie, ce sujet déchaîne les passions, quitte à éclipser d’autres sujets socio-économiques bien plus importants. Et bien d’après  elle, cela est tout simplement dû au fait que la France a toujours difficilement géré la diversité religieuse. Il est également important de souligner que la république s’est construite en opposition à l’Eglise, effaçant progressivement la religion de l’espace publique. Si l’on ajoute à ça l’école, une autre passion française, cela mène à des débats portant sur le port du voile dans les établissements scolaires.

L’aspect  religieux de la polémique ne serait-il pas seulement un voile sur la question globale : le contrôle du corps des femmes ? Faire cette histoire nous amène à remonter bien avant la polémique de l’abaya…

Une vidéo Brut, un média en ligne, publiée le 21 juillet 2021, aborde ce sujet en milieu scolaire et universitaire. Dès 1960 les femmes subissaient déjà une pression sociale importante sur leur façon de s’habiller. Les cheveux longs et détachés dans le dos, le maquillage, les vêtements avec “trop de couleurs, les talons hauts étaient interdits en milieu scolaire”.
En 1967 des directeurs ont décidé de mettre un uniforme à leurs élèves car elles portaient des couleurs “trop vives”. Lors de sa scolarité, en 2017, une étudiante a témoigné “on nous mesure la longueur de nos jupes, on a plus le droit de mettre des jeans troués”. Certaines élèves se sont presque fais virer de cours car elles étaient venues avec un jean troué. « Vous n’allez pas à l’école comme vous allez à la plage ou comme vous allez en boîte de nuit  » a lancé Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l’Education nationale, sur le plateau de RTL (21 septembre 2020) afin de préciser ce qu’il entendait par une « tenue correcte ».


On peut tirer plusieurs informations de cette vidéo. Premièrement, on remarque que la critique des hommes sur la tenue des femmes existait déjà en 1960. Nos lectures nous ont appris que cette critique sur le vêtement des femmes remonte au XVIIe siècle avec le corset par exemple. A l’époque, la critique du vêtement des femmes n’était pas tellement mise en avant, la volonté de contrôler la façon dont elles s’habillent était en revanche ouverte et franche.

Une autre polémique a divisé l’opinion publique au début des années 2000 : l’interdiction du string à l’école. L’ancienne ministre déléguée chargée de l’Enseignement scolaire, Ségolène Royal a réagi : “A ma dernière réunion de parents d’élèves, des cas ont été signalés (…) Des chefs d’établissement ont réagi en l’interdisant à l’école. C’est une bonne chose. Aux yeux des garçons, le string réduit les jeunes filles à leur postérieur”. Et la députée socialiste des Deux-Sèvres a ajouter : « Après, on s’étonne que les adolescentes soient victimes d’attouchements ou de violences sexuelles” (Référence :le Parisien, 3 octobre 2003). Par cette remarque, l’ex-ministre sous-entend comme beaucoup d’autres personnes que c’est à cause de la tenue des filles qu’elles se font agresser. La différence de traitement médiatique et institutionnelle avec la mode des garçons qui portaient leur pantalon en dessous des fesses est surprenante. Cela relève pourtant du même thème.

Dans un article de 2017, l’historienne féministe Sophie Bessis affirme deux points : le corps des femmes est soumis à la volonté des hommes de le contrôler pour la reproduction et leur plaisir. D’autre part, ils établissent un contrôle de la maternité pour éviter toute “dépendance” aux femmes et maîtriser la sexualité féminine. D’après l’autrice, les hommes auraient donc peur de laisser les femmes prendre le contrôle de leur corps, de leur sexualité et de leur reproductivité. Cela s’expliquerait par la peur de se sentir vulnérable ou de leur laisser prendre le dessus. La peur de voir les femmes les surpasser et avoir le contrôle sur quelque chose qu’ils n’ont pas est donc aussi politique que psychologique.

En conclusion, la décision d’interdire l’abaya dans les écoles s’inscrit dans une longue histoire de contrôle vestimentaire imposé aux femmes, remontant au XVIIe siècle. Présentée comme une défense de la laïcité, cette mesure soulève néanmoins des questions sur les libertés individuelles et le contrôle du corps féminin. Les pressions sociales sur l’habillement des femmes sont documentées depuis les années 1960, et les débats récents montrent que ces injonctions perdurent. Finalement, cette controverse révèle une tension persistante entre les normes vestimentaires et la liberté d’expression, nécessitant une réflexion plus profonde sur l’égalité et le respect des droits individuels, la laïcité s’en trouverait enrichie.

Par Emma Daboussi, Capucine Perret-Pierre, Flora Szabo-Cagni et Jawad Zouaoui

Sous la direction de Youri Aguilaniu

Ecologie et inégalités sociales

La lenteur de l’action politique en matière d’écologie (partie 3)

Marche pour le climat, Bordeaux, mars 2021

Inondations au Pakistan (2022), tempête de neige accompagnée d’impressionnantes chutes de température aux Etats unis (-55°C) ; incendies dévastateurs partout en Europe durant l’été 2022 ; fonte des glaciers… Il est vrai que l’actualité regorge d’exemples démontrant l’urgence climatique que nous connaissons.
Une question se pose : comment tous faire face à ces catastrophes ? En effet, nous ne sommes pas tous capables de réagir efficacement, nos actions sont contraintes par notre niveau social ou par celui de notre pays.

Bien qu’apparue pour la première fois en 2002 au Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg, la notion d’inégalités écologiques prend sa source bien avant. Elle s’inscrit dans la continuité de réflexions menées dès le début des années 1970 sur les questions d’écologie et d’inégalités sociales. Des organisations telles que Greenpeace (1971) ou les Amis de la Terre (1970) avaient alors vu le jour pour lutter pour la défense de l’environnement. C’est également à cette période que s’est tenue  la conférence de Stockholm (1972), qui fut la première à faire de l’environnement une question majeure. 
Le terme de “développement durable” est lui apparu en 1987 dans le rapport Brundtland, et désigne un développement “qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs”.

Si l’écologie est une préoccupation mondiale et que le changement global a des répercussions sur tous les habitants de la Terre, on constate aisément que les problèmes écologiques touchent inégalement les Hommes. 

Il existe plusieurs types d’inégalités écologiques. Tout d’abord, les inégalités face aux risques. Selon l’endroit où vit une population (montagnes, littoraux, etc) celle-ci peut se retrouver plus exposée aux catastrophes.
Également, les inégalités de moyens d’action. Selon le niveau de vie, les moyens d’action (installation de panneaux solaires, construction de bâtiments antisismiques, etc) ne sont pas accessibles de manière équitable entre les pays et les différentes classes sociales.
Pour finir, les inégalités du droit à polluer. La France a suffisamment pollué pour son développement, elle n’en n’a donc plus la nécessité contrairement à d’autres pays comme le Mexique qui en a besoin afin d’atteindre un niveau de développement suffisant. De même, au sein d’un même pays, les riches sont privilégiés par rapport aux pauvres face aux conséquences du changement global.

Toutes ces inégalités s’auto-alimentent et se nourrissent les unes des autres. En effet, si un pays est fortement exposé à des aléas (: évènements naturels ou technologiques représentant une menace potentielle: tsunami, ouragans, séismes, explosion d’usines, etc), ceux-ci ont comme conséquence de l’appauvrir. De surcroît, plus un pays est pauvre, plus la vulnérabilité de sa population est importante. Les risques (: aléa × vulnérabilité) touchent donc avec plus de gravité les pays en développement. Mais la pauvreté aggrave également la vulnérabilité (et donc les risques) de ces mêmes pays: en effet,  cela limite les moyens d’actions (comme la construction d’infrastructures adaptées), ce qui constitue à terme un frein, voire un arrêt du développement.

De plus, ayant moins de moyens, les pays émergents et a fortiori en développement ont recours à des infrastructures et des matériaux peu coûteux mais plus polluants. Ils ont donc plus de difficultés à respecter les engagements pris lors des conférences internationales (COP) que les pays industrialisés, qui doivent leur développement à plus de 150 ans d’industrialisation sans aucune contrainte environnementale.

Chappatte, International New York Times, 11 décembre 2015

De même, bien qu’observables à l’échelle internationale, les inégalités écologiques sont également très présentes à l’échelle nationale. C’est le cas par exemple des Etats-Unis, du Brésil, ou encore de  l’Inde, avec ses très nombreux bidonvilles parfois voisins des quartiers aisés. Les difficultés environnementales dans des quartiers ne disposant pas des équipements de base (canalisations, eau courante, ramassage des déchets, etc.) sont logiquement énormes.

On retrouve donc des inégalités entre et au sein des pays. Mais pourquoi l’écologie est-elle souvent perçue comme une « préoccupation de riches » ? Ici encore, cela est en lien avec les inégalités sociales.

La mise en action des valeurs respectives de chacun (changement du mode de vie des individus pour des raisons écologiques) peut être une clef du défi environnemental, mais elle se produit à condition que des priorités telles que subvenir aux besoins de sa famille  ou encore payer son logement en fin de mois soient assurées. Dans les classes les plus privilégiées, les préoccupations ne sont plus liées aux besoins matériels et économiques élémentaires qui “vont de soi” ! Elles peuvent donc être plus facilement déplacées vers le développement et la mise en pratique de valeurs individuelles comme celles de l’écologie. On peut alors se permettre de privilégier un mode de vie moins impactant pour l’environnement. 

Encore faut-il être intéressé par le sujet ! L’information et son accès creuse aussi une inégalité dans la sensibilisation écologique entre les différentes classes sociales. De manière plus générale, l’engagement politique des classes populaires semble moindre que celui des milieux plus favorisés. De plus, pour Julian Mischi, ( Quels obstacles à l’engagement des classes populaires), sur l’engagement communiste des classes populaires, bien que le syndicalisme ait joué un rôle essentiel dans l’engagement populaire ces dernières décennies il “se construit le plus souvent en lien avec des enjeux pratiques liés aux expériences vécues au travail ou dans les localités.” Or, les enjeux comme l’écologie, semblent plus éloignés des difficultés matérielles concrètes du quotidien (du moins dans les pays plus développés), et convoque une vision globale, mondiale, nécessairement plus abstraite.

Egalement, ces inégalités s’expliquent en partie par une socialisation différente entre les classes. Le faible capital économique des familles va souvent de pair avec un capital culturel moins élevé. La réussite scolaire et la culture y sont souvent moins valorisées, cultivées parce que moins accessibles, l’intérêt dans la politique ou les questions environnementales ou sociales y est donc limité par ce biais social. 

Nous-même, issus d’un établissement de centre ville peu touché par la pauvreté mais très hétérogène, écrivons cet article du fait de notre préoccupation du sujet, notre information et sensibilité à celui-ci

Au contraire, dans les milieux les moins touchés par la pauvreté, la préoccupation environnementale est beaucoup plus courante, on est plus facilement sensibilisé par les proches, leurs pairs, ce qui vient faire écho et renforcer les discours institutionnels tenus notamment à l’école. Les milieux plus aisés ont accès à l’information plus facilement;  pour beaucoup, la question écologique est presque un sujet évoqué tous les jours, qu’ils s’en préoccupent ou pas. On parle notamment ici des jeunes car ce sont en effet ceux-là  (toujours en majorité issus de milieux sociaux aisés) qui se mobilisent le plus dans l’action politique et sociale. Nous-même, issus d’un établissement de centre ville peu touché par la pauvreté mais très hétérogène, écrivons cet article du fait de notre préoccupation du sujet, notre information et sensibilité à celui-ci.

Au rang des inégalités, on observe également un “effet d’âge”, un clivage générationnel en matière d’écologie. Celui-ci se traduit par une certaine rancune des jeunes envers les “baby boomers” ( nées entre 1945 et 1964) qui ont connu et profité des 30 glorieuses : forte croissance économique, nette amélioration du niveau de vie pour une majorité des pays développés, progrès technique, forte croissance de la production industrielle, course à la consommation etc… Les moins de 25 ans (“génération Z”) sont nombreux à les taxer de “génération égoïste”, responsable du désastre écologique actuel. Cela vient du constat que ces 30 années sont peu glorieusement marquées par une grande négligence de l’environnement, et ont marqué un point marquant dans l’évolution de la dégradation de son état…
Néanmoins aujourd’hui, les seniors ayant en moyenne un niveau de vie plus élevé, cela leur permet de faire des achats plus durables et de plus se préoccuper de l’avenir, ils sont aussi les plus touchés (en tout cas dans les pays développés) par le réchauffement climatique. Lors de la canicule de 2003, 87 % des victimes avaient plus de 70 ans. Il faut également noter qu’ils ont globalement un comportement plus éco responsable car ils consomment en moyenne plus sobrement du fait d’avoir connu des périodes plus difficiles.

Mais là encore, on peut noter des inégalités économiques dans l’engagement au quotidien : acheter bio, local etc. est plus onéreux, emprunter les transports en commun requiert d’habiter en ville, là où les transports sont plus développés, mais les logements plus chers… Certaines solutions semblent ne pas concerner les bonnes populations.

Les inégalités se creusent de plus en plus, c’est un “cercle vicieux”qui va d’une certaine logique.  À l’échelle nationale comme mondiale, agir pour l’environnement requiert des conditions économiques satisfaisantes. Un pays développé est donc plus enclin à une préoccupation écologique qu’un pays en voie de développement, qui se voit restreint par des priorités sociales et économiques…Or ce sont aussi ces pays en développement, et ces populations les moins favorisées qui sont les plus touchés par les conséquences du dérèglement climatique : inondations des récoltes en Inde, dessèchement des terres, destruction des écosystèmes exploitée pour le commerce etc…

Par Esther Bellanca- Penel, Mayli Bentoumia-Sacdpraseuth-Bouvier, Emma Daboussi, Claire Oudot

sur une idée originale de Clara Berthuit

sous la direction de Youri Aguilaniu

Écologie et capitalisme, deux idéaux compatibles ?

La lenteur de l’action politique en matière d’écologie (partie 2)

Les récents événements climatiques des étés derniers (2020-2023), provoqués par les hausses de températures sur le globe, inquiètent. La surproduction et la surconsommation des produits dans notre société moderne en seraient la cause. Ce système, dit capitaliste, défini par l’auto régularisation du marché et le moins possible d’intervention de l’Etat, est de plus en plus critiqué. Une question ressort : est-ce que le système économique du monde actuel est compatible avec les volontés écologiques de certains gouvernements et peuples?

A première vue, capitalisme et écologie ne paraissent pas incompatibles. En effet, l’une a pour but la recherche de profit, et l’autre de protéger la planète et son écosystème. Il parait a priori étrange d’opposer les deux, pourtant des points de désaccord semblent émerger rapidement si l’on se penche sur le sujet. Le capitalisme repose sur la propriété privée alors que l’écologie est un enjeu public collectif.  

Pourquoi cette question est-elle pertinente ?

Des récentes études (GISS-NASA, NOAA, Hadley Center) montrent que depuis le début de la Révolution Industrielle les anomalies de températures (augmentation de la température par rapport à celle moyenne de 1850) ne font que croître, atteignant 1,00°C d’anomalie pour la décennie 2020.

 Études de différents centres scientifiques sur les augmentations de la température entre 1850 et 2020 et leurs prévisions pour les années à venir. On constate facilement que depuis le début de l’industrialisation et l’ avènement d’un capitalisme moderne, les températures ont augmentées de près d’1° degré. Mais attention, corrélation ne veut pas dire causalité. Source : Ministère du développement durable.

La révolution industrielle marque l’expansion et la victoire du système capitaliste. La relation entre capitalisme et pollution est évidente : pour générer de l’argent, il faut produire beaucoup en développant l’industrie par rapport à la demande. Actuellement, pour développer l’industrie, il faut produire de grandes quantité d’énergies fossiles ce qui augmente les gaz polluants comme les gaz à effet de serre. Indirectement donc, le capitalisme peut facilement être relié à la pollution actuelle du monde. 
Jusqu’au début des années  1960-70, cela ne posait que peu de questions. Mais depuis ces années, l’idée d’écologie (du grec -oikos : la maison, et -logos : la science) fait son apparition dans le débat public comme mouvement citoyen. Auparavant, il s’agissait d’une science apparue au XIXème siècle. En France, c’est notamment la candidature de René Dumont(1), premier candidat écologiste aux élections présidentielles de 1974 qui entend faire la guerre au capitalisme pollueur. C’est le réveil de l’écologisme.

Ecologie et capitalisme : la bataille des tranchées

Aujourd’hui cette idée est au cœur des débats politiques internationaux. Ce qui crée une catégorisation dans les discours : d’un côté une tendance “verte”, revendiquant des transformations du système économique pour un monde plus propre et de l’autre une tendance “capitaliste” plus encline à rester dans le système de production actuel. Entre ces deux tendances, on trouve tout un panel d’avis, de sensibilité différentes qu’il est impossible de restreindre à deux “camps” homogènes. C’est pour s’adapter à ce monde en changement, qui veut plus d’écologie, que certaines entreprises essaient de concilier le capitalisme moderne avec l’écologie. Elles veulent ainsi un système productif, régi par l’argent et en même temps respectueux de l’environnement et de l’écosystème terrestre. Mais cette idée nouvelle ne fait pas l’unanimité. Ainsi certaines personnes réfutent une compatibilité des idéaux. Alors, solution universelle ou solution creuse? 

René Dumont, homme politique, sociologue, écologiste, agronome et ingénieur français

Les défenseurs des capitalismes ont d’abord essayé de minimiser la chose, voire de la nier. Ainsi, il n’était pas rare de voir des personnalités, surtout politiques et proches du libéralisme, doctrine économique qui privilégie l’individu et sa liberté ainsi que le libre jeu des actions individuelles conduisant à l’intérêt général, critiquer l’écologie. Ronald Reagan disait : « Les arbres sont responsables de plus de pollution aérienne que les usines ». Aujourd’hui, une telle phrase ne semble a priori plus audible, surtout venant d’un président américain. Pourtant, Donald Trump déclarait encore en 2012 : « Le concept du réchauffement climatique a été créé par la Chine pour rendre l’industrie américaine non compétitive ». En France également, Jacques-Yves Cousteau était climato-sceptique convaincu avant de changer d’avis sur le sujet et de devenir un militant écologiste.

De Ronald Reagan à Donald Trump, les présidents américains se sont rarement illustrés pour leur lutte dans le domaine de l’écologie…

A partir de la fin des années 1990, les capitalistes comprennent l’ampleur du mouvement et décident de s’adapter. Apparaît donc le capitalisme vert. Notons que le délai de réaction de 30 à 40 ans a mis en lumière un premier écart entre un danger qui demande une réaction immédiate et un système qui prend du temps à réagir quand l’enjeu n’est pas directement économique. 

Le « capitalisme vert » la solution?

L’idée du capitalisme vert est que la croissance économique peut s’accompagner de la protection de la planète. Par exemple, Orange, l’entreprise de téléphonie, plante des arbres au Sénégal pour compenser son bilan carbone. Cette idée a du bon car elle aurait pu allier écologie et capitalisme mais elle ne s’est circonscrite qu’à de petites entreprises ou peu pollueuses. Dans l’émission radiophonique Le temps du débat : Le capitalisme vert est-il un mirage? (mars 2021), sur France-Inter, on dénonce la limite du capitalisme vert, car les FTN (Firmes TransNationales, entreprises employant dans plus de 5 pays), sont les plus grosses pollueuses plastiques. La firme Coca-Cola, qui reçoit la palme du premier pollueur plastique avec 3.2 millions de tonnes de plastiques (chiffre 2021), n’a commencé à entamer le virage que très récemment (début des années 2010). 

Aujourd’hui, il ne semble plus envisageable par les scientifiques de baser notre projet de société sur cette association d’idées antithétiques. C’est le point de vue défendu notamment par Daniel Tanuro dans son ouvrage L’impossible capitalisme vert (2010). Tout au plus avec la théorie du capitalisme vert, les grands industriels de ce monde ont réalisé que l’écologie pouvait rapporter de l’argent. Les FTN optent donc pour une technique de communication commerciale jouant sur le “vert”. Cette stratégie, le “Greenwashing” (Écoblanchiment, en français), consiste, pour une entreprise, à mettre en avant des prétendues actions écologiques dans ses pubs pour attirer des consommateurs. Cette pratique est illégale en France depuis peu (Article L132-2, du Code de la Consommation) et peut s’apparenter à de la publicité mensongère. De nombreuses associations de protection de l’environnement, comme Greenpeace, surveillent et saisissent la justice si besoin. 

Daniel Tanuro, auteur de l’Impossible capitalisme vert, 2015

Pourtant une solution avait été pensée par les Etats afin de réagir : les marchés de droits à polluer. Préconiser par Ronald Coase (prix Nobel de l’économie 1991) dès la fin des années 1960, elles sont appliquées en Europe depuis 2005. Leur système est simple : on octroie un permis de polluer par entreprise en fonction de leur taille. Elles ont deux options, soit elles respectent le quota imposé, soit elles épuisent leurs crédits et elles doivent en acheter de nouveaux. On allie écologie et capitalisme car on se sert des marchés financiers (les entreprises peuvent vendre et acheter leurs permis entre elles) dans une perspective écologique. Mais le système est évidemment fragile. Ainsi, à partir de 2007 et jusqu’en 2010, des entreprises et des hommes d’affaires (comme le français Arnaud Mimran) ont réussi à détourner près d’1,6 milliards d’euros par différentes opérations financières illégales. Ils furent certes rattrapés et jugés mais cela a jeté un discrédit retentissant sur ces permis, qui ont beau toujours exister aujourd’hui mais suscitent la méfiance des citoyens européens. 

Ronald Coase, prix nobel d’économie (1991), instigateur des marchés de droits à polluer

Aujourd’hui, la majorité des scientifiques, dont le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), préconise une décroissance, c’est-à-dire arrêter de vouloir toujours plus de production et revenir à un niveau de production artisanal pré-période industrielle. Or ces préconisations nouvelles viennent en antithèse de la définition du capitalisme, créant de nouvelles tensions et incompatibilité des deux pensées. L’idée d’un mariage serein entre capitalisme et écologie semble donc avoir fait long feu. Comme le disait Noël Mamère : “L’écologie est une rébellion de l’esprit critique contre toute forme de pouvoir abusif.”  L’heure est donc au divorce révolté !

Par Frédéric Rouquette

sur une idée originale de Clara Berthuit

sous la direction de Youri Aguilaniu

Ecologie et Cinquième République

La lenteur de l’action politique en matière d’écologie (partie 1)

Christian Blanc, ancien député français au centre de l’échiquier politique a dit « Quand il y a urgence il faut savoir ne pas se presser« , il fait alors appel à l’antithèse de l’urgence et de la patience. Ce concept paradoxal s’applique à la société actuelle en France. En effet on est aujourd’hui dans une démocratie représentative soit un système politique où le pouvoir est exercé par des représentants élus par les citoyens pour exprimer leur volonté. Cependant le bon fonctionnement de ce système repose sur certains principes qui restent inchangeables, comme les élections, primordiales pour conserver la souveraineté nationale des citoyens et leur participation politique. Mais ces principes se présentent parfois comme des obstacles pour la mise en place de mesures écologiques, des mesures qui apparaissent pourtant comme nécessaires. Une question s’impose alors : notre système politique est-il compatible avec la crise écologique ?

Faisons un petit détour dans l’histoire et revenons sur le contexte de l’arrivée de la Vème République et sa constitution.

En 1954, neuf ans après l’achèvement de la seconde guerre mondiale, la France est inévitablement confrontée au mouvement d’indépendance qui se répand sur le globe. Là où certains, grâce à des figures comme Gandhi ont obtenu leur indépendance sans combat, la France a souvent préféré se battre pour garder la main sur ses colonies (Indochine, Algérie). En 1954, commença donc la guerre d’Algérie. René Coty, alors président de la IVème République se trouvait dans l’obligation d’appeler à l’aide pour gérer la crise générée par le conflit armé. Il appela alors  » le plus illustre des français » d’après ses dires, le Général de Gaulle au poste de président du Conseil. Ce dernier accepta à une condition : la transition à une nouvelle république définie par une nouvelle constitution. Il devint alors le premier président de la Cinquième République. Une présidence sous la nouvelle constitution, une constitution avec un pouvoir présidentiel fort. Avec les pouvoirs que lui accordait la constitution, il déclara l’Etat d’urgence et prit les pleins pouvoirs (article 16). Ne voyant aucune autre issue, il mit fin à la guerre d’Algérie.
La constitution a donc été écrite dans les années 50 par le général de Gaulle et Michel Debré, premier ministre de l’époque. C’était une décennie où les préoccupations n’étaient pas centrées sur l’environnement mais plus sur la croissance économique.
Ce texte a été écrit dans l’optique de garantir la séparation des pouvoirs, donc le vote d’une loi est extrêmement complexe. Effectivement l’acceptation d’une loi nécessite des allers-retours entre les deux chambres du parlement. Une fois la décision prise, il faut encore attendre le processus de vote de la loi. 

Puis il n’est dit nulle part qu’un nouveau président élu a le devoir de poursuivre les travaux de son prédécesseur. Étant donné que les potentielles réformes écologiques nécessitent un laps de temps particulièrement conséquent, souvent supérieur à la durée d’un mandat, la continuité du suivi est difficilement applicable.

En effet depuis l’an 2000, le système démocratique français fonctionne en quinquennats. Un ou une présidente élu(e) a donc 5 ans auxquels on soustrait le temps d’installation à l’Elysée, la prise des affaires quotidiennes et la potentielle campagne de réélection pour prendre des mesures qui touchent l’environnement. Ces mesures, on l’a dit, n’ont pas des résultats immédiats. En politique, le manque de résultats est souvent reproché par l’opposition lors de bilans de mandats. Ces bilans politiques où les chiffres sont scrutés au détail, s’appuient avant tout sur des indicateurs économiques pour les confronter aux objectifs du pays (taux de croissance, PIB, chiffres d’affaires des grandes entreprises, etc.) et n’accordent que peu d’intérêt aux taux d’émissions de gaz à effet de serre ou à la préservation d’espaces naturels. Les discours politiques n’en font donc pas une priorité.

Marche pour le climat, mars 2021

On pointe ici sur un autre problème, l’environnement et l’écologie ne sont pas politisés. Si un parti de centre-gauche, Europe Ecologie Les Verts (EELV), en fait son fer-de-lance, chaque parti a en réalité touche de « vert » dans son programme. C’est devenu une sorte de marque de vente, un label. Dans une brochure de parti politique, il faut un passage qui parle de mesures écologiques pour donner une bonne image. Mais une fois élu, rien ne force le candidat à respecter ce qui a été dit durant sa campagne. En effet le système représentatif français (comme toute les système de nature démocratique) se base sur l’image que le candidat donne de lui même, ses compétences ne seront mises à l’épreuve qu’une fois élu. Cette idée a été théorisé par Bernard Manin, une référence sur le sujet qui caractérise notre système en quatre points capitaux : 

– Le caractère récurrent des élections 
– L’indépendance des élus par rapport à leurs électeurs et au programme qu’ils ont présenté pendants leurs campagnes 
– La liberté d’opinion des électeurs
– Les décisions publiques sont soumises à la discussion, au débat. Il faut noter cependant que ce débat n’est pas un procédé de gouvernement mais plutôt une façon d’examiner, de tester une décision.

B. Manin, Principes du gouvernement représentatif, 1995.

Mais alors quelle est ou quelles sont les solutions? En ce qui concerne l’écologie, l’idée n’est pas de changer de république, car, on vient de l’expliquer, le caractère récurrent des élections est un des obstacles. La création d’une sixième république ne peut pas envisager un système sans élections récurrentes. La conservation d’une démocratie est indiscutable, le système représentatif semble indispensable et sera présent dans une Sixième République comme il l’est dans la Cinquième. Il faudrait s’attaquer à un autre pan comme défendre une écologie transpartisane, on considérait alors cette question comme un « intérêt supérieur de la patrie » pour reprendre une expression gaullienne…   Une idée très controversée comme l’a montré la polémique autour d’Hugo Clément, journaliste et militant écologiste après qu’il ait accepté le débat avec l’extrême droite. Il défend alors une écologie au-dessus des divers purement politiques, tandis que l’opposition lui a reproché de redorer l’image du RN. Alors, une écologie transpartisane est-elle possible? Pouvons nous ôter toute couleur a priori politique à l’écologie pour honorer son besoin d’une action de l’Etat et avoir un impact à l’international. Pour le moment, les solutions sont aux restrictions, aux quotas d’émission de gaz à effet de serre, et aux taxations le temps de trouver une solution.

A l’échelle municipale les EELV, le parti qui font de l’écologie leur devise ( en étudiant les programmes on se rend compte qu’ils ne sont pas le parti avec le plus de mesures écologiques) France font de très bons résultats. En effet, ils sont dans de grandes mairies comme celles de Lyon, de Bordeaux, de Strasbourg ou encore Grenoble. Mais alors comment expliquer leurs faibles résultats aux présidentielles ? 
Les sociologues décrivent un phénomène d’ »électeurs stratèges » pour qualifier les citoyens capables de tactiques dans leur choix électoraux prenant en compte les différences des scrutins et leurs impacts sur leur vie quotidienne. Leurs profils se caractérisent par deux points: ils sont diplômés et très au courant des différents programmes proposés. 
Concrètement, lors des votes, ces comportements électoraux se traduisent par un vote vert aux municipales. Ce sont des décisions qui vont les toucher directement dans leur quotidien, tandis qu’aux présidentielles, ils votent pour un programme plus général et complet (et donc plus abstrait) étant donné que c’est une politique qui les impacte moins directement.
Ces électeurs sont la preuve que les citoyens agissent sur leur environnement et non l’inverse. Mais donc, comment mobiliser ces énergies afin de contraindre l’action politique des dirigeants dans le sens de décisions écologiques ? La solution qui s’est alors imposée est la convention citoyenne. Soit le tirage au sort d’un ou plusieurs citoyens qui auront pour responsabilité de proposer des idées, étudiées par la suite par des spécialistes et mises en place à l’aide des mairies, à l’initiative de ces conventions. La plus connue est la Convention citoyenne pour le climat, qui regroupe 150 volontaires. Constituée en octobre 2019 sur demande de l’ancien premier ministre Édouard Philippe, elle a pour objectif de « définir les mesures  structurantes pour parvenir, dans un esprit de justice sociale, à réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici à 2030 par rapport à 1990« .

Si l’on se place à l’échelle internationale, le manque d’action est tout aussi important.
De grandes décisions nécessitent l’accord d’un certain nombre d’Etats, d’où la création des différentes COPs. Ces réunions rassemblant un certain nombre d’Etats (90 lors de la dernière) ont pour but de prendre des engagements en matière écologique l’échelle de la planète et de poser des objectifs pour le futur. Ces réunions ont donc pour dessein une action collective internationale. Les COPs proposent de potentielles solutions pour éviter, par exemple, un réchauffement de la planète supérieur à 2°C. Chaque Etat met alors en place des réglementations pour atteindre ces objectifs globaux, et des mesures internationales peuvent être discutées (taxations des marchés de quotas d’émissions). Chaque Etat reste cependant souverain chez lui et certaines politiques autoritaires bloquent tout le mécanisme de mise en place de mesures au niveau mondial.

Ainsi en France, les électeurs sont libres de voter pour le candidat de leur choix. Mais leur choix est rarement tourné vers l’écologie. Un fait sûrement dû au manque de propositions par les partis politiques. Également car les électeurs sont très souvent attachés à leur confort matériel et à leur droit à consommer. Le système économique capitaliste semble être incompatible avec l’écologie, contrairement à ce que peuvent mettre en avant certaines marques. Mais il est ancré dans nos sociétés occidentales et est à l’origine de grandes avancées pour les sociétés (recul de la faim et la très grande pauvreté dans le monde, progrès de la médecine et de la recherche scientifique, …) . Né de la révolution industrielle à la fin du XIXème siècle. Le système capitaliste a fait la grandeur du Royaume Uni, des USA, de l’Allemagne et de la France. Il a permis à ces pays de se développer et d’atteindre une certaine stabilité et une place prépondérante à l’international.

L’urgence est réelle, bien que beaucoup ne la voient pas encore quand il s’agit d’environnement. Certains pensent qu’ il y a des problèmes plus urgents à régler comme la sécurité, l’inflation et autres problèmes économiques et sociaux, laissant ainsi la crise environnementale en second plan.

Nous sommes tous familier avec le schéma du développement durable qui comprend 3 axes d’intervention : l’environnement, le social et l’économique. Ci-dessus, Yves CARLOT propose une vision du développement durable plus approfondie. En effet il ajoute l’éthique comme axe d’intervention, ce qui en fait donc 4. Dans tous ces axes il précise l’action politique, présente et nécessaire partout pour la mise en œuvre d’un système basé sur le développement durable. Il considère la démocratie comme indispensable. Celle-ci doit agir pour les axes d’interventions en prenant en considération ces derniers.

Par Clara Berthuit,

sous la direction de Youri Aguilaniu